
Récit de naissance : comment garder une trace de ce que les photos ne racontent pas ?
Vous avez probablement des photos de la naissance de votre enfant. Celles prises à la maternité, la première photo de votre bébé, peut-être celle de votre ventre quelques heures avant, les premiers regards, les premières rencontres.
Elles permettent de garder une trace de la naissance. Mais racontent-elles vraiment ce que vous avez vécu ?
Une photo ne dit pas ce que vous pensiez au moment où elle a été prise. Elle ne garde pas la phrase prononcée quelques minutes auparavant, la sensation d’une contraction, l’attente, la peur, l’excitation, ce qui vous a fait rire ou ce que vous n’avez osé dire à personne. Elle montre un instant, tandis que votre histoire est constituée de tout ce qu’il y avait autour.
Et si les images restent, les souvenirs, eux, évoluent.
Il y a ceux que l’on pense ne jamais oublier : une phrase prononcée à la maternité, une main que l’on serre, une musique, une attente qui semble interminable ou, au contraire, cette impression que tout est allé beaucoup trop vite. Sur le moment, tout paraît gravé. Pourtant, avec le temps, certains détails deviennent moins précis, d’autres disparaissent et des souvenirs restent très nets sans que l’on sache toujours exactement quand ils se sont produits.
Quelques semaines, quelques mois ou plusieurs années plus tard, on peut alors se rendre compte que cette naissance, que l’on a pourtant racontée plusieurs fois, n’a jamais vraiment été racontée dans son ensemble.
Parce que répondre à « Alors, comment ça s’est passé ? », « Combien de temps a duré ton accouchement ? » ou « Tu as eu la péridurale ? » n’est pas la même chose que raconter son histoire.
C’est précisément ce que permet le récit de naissance : ne pas seulement conserver l’image de la venue au monde de son bébé, mais garder une trace de la manière dont on l’a vécue.
Pourquoi faire un récit de naissance ?
Il n’existe pas une seule raison de vouloir raconter la naissance de son enfant.
Certaines personnes veulent conserver précieusement le souvenir d’un accouchement rêvé. D’autres ressentent le besoin de revenir sur une naissance qui ne s’est pas déroulée comme elles l’avaient imaginée. Il peut aussi simplement y avoir la peur d’oublier, l’envie de transmettre un jour cette histoire à son enfant ou celle de marquer un passage important de sa propre vie.
C’est ainsi qu’une mère m’a confié le récit de son deuxième enfantement après une grossesse chahutée et une naissance très rapide. Après une première naissance traumatique, cette nouvelle expérience l’avait réconciliée avec l’accouchement. Elle souhaitait en garder la trace comme un ancrage.
Pour une autre, le besoin était précisément de ne pas oublier et de prendre conscience de son entrée dans le monde des « femmes qui ont accouché ».
Ces deux histoires n’avaient ni le même point de départ, ni la même fonction. Elles avaient pourtant toutes deux une raison d’être racontées.
Car une naissance dépasse largement le moment précis où un bébé vient au monde. Autour d’elle, il y a les derniers jours de grossesse, l’attente, les contractions, les personnes présentes, le départ ou l’arrivée à la maternité, les décisions, les sensations, les paroles entendues, les émotions, la rencontre avec son bébé…
Prendre le temps de dérouler son histoire permet parfois de réaliser tout ce qu’il y avait autour de la venue au monde de son enfant et que l’on n’avait jamais vraiment regardé dans son ensemble.

Toutes les naissances peuvent être racontées
On pourrait imaginer qu’un récit de naissance se destine surtout à deux situations opposées : le « plus beau jour de ma vie », que l’on voudrait immortaliser, ou l’accouchement traumatique, sur lequel on ressent le besoin de revenir.
La réalité est beaucoup plus nuancée.
Une naissance peut avoir été médicalement simple et émotionnellement bouleversante. Un accouchement peut s’être éloigné de ce qui avait été imaginé sans être vécu comme une mauvaise expérience. Il est également possible d’avoir adoré certains moments et détesté d’autres, de ressentir de la joie, de la peur, de la puissance, de la colère, de la fierté ou de la déception au sein d’une même histoire.
Le récit n’a donc pas besoin de réparer quelque chose pour avoir du sens. Il n’a pas davantage besoin de raconter une expérience idéale.
Une mère m’a par exemple confié son histoire quatre ans après un accouchement traumatique. Son désir n’était pas tant de conserver le souvenir des difficultés traversées : elle voulait transmettre un jour à son enfant la force dont il avait fait preuve et ce qu’ils avaient réussi à surmonter ensemble.
Le récit de naissance ne constitue cependant ni une thérapie ni un accompagnement psychologique. Lorsque le vécu d’un accouchement nécessite un accompagnement thérapeutique, celui-ci relève des professionnel·les compétent·es. Les démarches peuvent en revanche se côtoyer, chacune avec sa fonction propre.
Voici les mots de cette maman :
« Très très très sincèrement et du plus profond du cœur, c’était exceptionnel. On l’a lu tous les deux, c’était très fort de lire ça ensemble. Je pense que j’ai avancé dans mon deuil de ce qu’il s’est passé. On a pu apprécier le lire et se dire que ça ira à notre fils quand il sera grand. Je ne sais pas comment te dire merci, parce qu’au-delà d’être super chouette et extrêmement bien écrit, ça va dans le sens de ma thérapie et me libère. Que ce soit beau ou pas beau, tout le monde devrait le faire. »
Il s’agit ici de son expérience personnelle. Elle dit aussi quelque chose de la pluralité des raisons pour lesquelles une personne peut souhaiter raconter une naissance : revenir sur ce qui a été vécu, conserver, partager, transmettre.
Le temps d’écoute : raconter librement son histoire de naissance
Le récit écrit est la trace qui restera. Pourtant, le temps d’écoute constitue souvent l’un des moments les plus forts de l’expérience.
Quand je recueille un récit de naissance, je ne demande pas à la personne de préparer ce qu’elle va me raconter, de remettre ses souvenirs dans l’ordre ou de déterminer à l’avance ce qui est important. Elle n’a pas non plus besoin de savoir « bien raconter ».
Pendant environ 1h30 à 2 heures, je l’écoute. Elle se livre.
Le point de départ n’est pas imposé. Pour certaines personnes, l’histoire commence aux premières contractions ; pour d’autres, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois plus tôt. Un souvenir peut en appeler un autre, ramener à un événement de la grossesse, puis laisser place à la suite de la naissance avant de provoquer un nouveau retour en arrière.
Cette absence de chronologie imposée est volontaire. La personne peut laisser venir ses souvenirs, s’arrêter sur un détail aussi longtemps qu’elle en ressent le besoin, revenir en arrière et dire ce qu’elle souhaite sans être interrompue pour remettre les événements « dans le bon ordre ».
La chronologie, c’est mon travail après. Raconter, c’est le vôtre.
Une mère qui pensait initialement écrire elle-même son récit en fournit un bon exemple. Le temps lui avait finalement manqué. Lors de notre entretien, son histoire l’a conduite bien au-delà du déroulement de son accouchement : elle a parlé de féminisme et de maternité, de son désir d’enfant, du bouleversement provoqué par l’arrivée de sa fille, mais aussi de l’importance de l’entourage et du véritable village de soutien qu’elle avait créé pendant sa grossesse. Tous ces éléments faisaient partie de son passage au statut de mère et avaient donc leur place dans son histoire.
C’est aussi ce que peut permettre une parole qui n’a pas besoin d’être immédiatement organisée : se rendre compte de tout ce qui entourait la naissance et de la place que certains événements ont prise dans son propre vécu.
Une autre personne accompagnée a décrit ainsi cette expérience :
« C’est grâce à cette expérience d’écoute optimale et bienveillante, que j’ai pu retranscrire ce récit. Je n’y serais pas arrivée aussi bien sinon. L’ambiance créée par Gaia, la sensation de « safe place », sans jugement, une écoute simple d’une grande générosité. Cette bulle de partage et la retranscription fidèle sont un travail inestimable. »

Quand l’histoire est enfin « en sécurité »
Il se passe parfois quelque chose d’autre au terme de ce temps d’écoute : un soulagement lié au fait d’avoir enfin confié son histoire.
Les souvenirs n’ont plus besoin d’être retenus avec la peur que certains détails finissent par disparaître. Ils ont été racontés, entendus et enregistrés pour pouvoir devenir un texte.
L’histoire est, d’une certaine manière, en sécurité.
Le fait de raconter permet également de regarder l’expérience dans son ensemble. Non pour la corriger ou lui donner artificiellement un autre sens, mais parce qu’une naissance dont on conservait quelques moments particulièrement marquants retrouve soudain tout ce qui l’entourait.
C’est une dimension qui me paraît essentielle dans le récit de naissance : avant même de recevoir le texte final, il y a déjà eu ce temps accordé à sa propre histoire.
Un récit de naissance raconte votre vécu, pas « la vérité »
Deux personnes présentes lors d’une même naissance peuvent en conserver des souvenirs différents. Elles peuvent ne pas avoir perçu le temps de la même manière, ne pas avoir entendu les mêmes phrases ou avoir accordé une importance très différente à un événement.
L’objectif d’un récit de naissance n’est donc pas de produire le compte rendu objectif ou médical d’un accouchement. Je ne cherche pas à déterminer ce qui s’est « réellement » passé au détriment de ce dont la personne se souvient. Je recueille son expérience de ce qui s’est passé.
C’est aussi la raison pour laquelle les entretiens sont individuels.
Une naissance, deux parents, deux histoires
Le récit de naissance peut être confié par le parent qui a accouché comme par le coparent. Si tous les deux souhaitent raconter la venue au monde de leur enfant, chacun dispose de son propre temps d’écoute.
Le parent qui accouche vit la naissance depuis son corps, ses sensations et ses émotions. Le coparent la vit depuis une autre place, avec ce qu’il ou elle observe, attend, ressent et parfois ne peut pas faire.
Ils étaient présents à la même naissance, mais ils n’ont pas nécessairement vécu la même histoire.
Les écouter séparément permet à chacun·e de dérouler ses souvenirs sans qu’une autre personne intervienne pour préciser une heure, compléter une anecdote ou dire : « Non, ce n’était pas exactement comme ça. »
Il ne s’agit pas de choisir entre deux versions. Chacune restitue un vécu.
Du récit oral au récit écrit : interpréter sans réinterpréter
Une fois l’entretien terminé commence mon travail d’écriture.
Je me définis volontiers comme une interprète de la langue orale vers la langue écrite. Je ne transforme pas la naissance en une « jolie histoire », je ne l’embellis pas et je ne complète pas ce qui ne m’a pas été raconté. Je travaille à partir des mots, des souvenirs, des émotions et de la manière dont la personne m’a confié son expérience.
Passer de l’oral à l’écrit nécessite néanmoins un véritable travail de construction. Lorsque nous parlons librement, nous faisons des détours, revenons en arrière, répétons certaines choses ou interrompons une idée parce qu’un autre souvenir vient d’apparaître.
Je peux donc modifier l’ordre dans lequel certains éléments m’ont été racontés afin de rendre le récit fluide et compréhensible. En revanche, cette réorganisation ne doit jamais changer leur sens.
Mon objectif est de restituer une histoire dans laquelle la personne reconnaît sa voix et son vécu.
C’est précisément ce qu’évoque ce retour reçu après une restitution :
« C’est magnifique, je suis tellement émue. Il y a tout, les détails, l’atmosphère…Tout est tellement beau. Bravo, je n’ai vraiment rien à redire. Je suis très heureuse d’avoir fait ce choix avec toi, ce récit est extrêmement précieux. »

Comment se déroule la création d’un récit de naissance ?
La création commence par un entretien individuel d’1h30 à 2 heures, en présentiel ou en visioconférence. Cet échange est enregistré afin que je puisse ensuite revenir précisément sur les mots employés sans avoir à prendre constamment des notes pendant le récit. Cela me permet d’être pleinement présente pendant le temps d’écoute.
Je reprends ensuite l’enregistrement pour travailler la structure et passer progressivement de la parole au texte. Selon les récits, ce travail nécessite de réorganiser certains passages tout en restant fidèle au vécu et aux mots qui m’ont été confiés.
Le récit est restitué dans un délai d’un à trois mois, sous la forme d’un PDF mis en page. Un retour pour corrections est ensuite possible avant la validation de la version définitive : même si j’en réalise l’écriture, l’histoire appartient toujours à la personne qui me l’a confiée.
Pour en savoir plus, vous pouvez découvrir ma prestation de récit de naissance et les modalités de cet accompagnement.
Où commence et où se termine l’histoire d’une naissance ?
Puisque je n’impose pas de point de départ au temps d’écoute, l’histoire ne commence pas nécessairement avec les premières contractions ou le départ pour la maternité.
Elle peut commencer quelques heures auparavant, mais aussi plusieurs jours, semaines ou mois plus tôt si c’est là que la personne situe spontanément le début de son expérience. La grossesse elle-même peut prendre une place importante dans certains récits.
La fin est davantage délimitée : elle se situe dans les quelques jours qui suivent la naissance. Non parce que la suite serait moins importante, mais parce que le post-partum devient progressivement une autre histoire, avec ses propres événements, émotions et enjeux. Si le besoin existe de raconter cette période, elle peut faire l’objet d’une autre approche.
Ce cadre permet au récit de conserver son fil conducteur tout en laissant à chacun·e la liberté de déterminer ce qui appartient, pour lui ou pour elle, à l’histoire de cette naissance.
Une trace intime, à conserver ou à transmettre
Autour d’une naissance, nous conservons volontiers des objets : des photos, un bracelet de maternité, un faire-part, un vêtement devenu presque incroyablement petit quelques années plus tard.
Chacun raconte une partie de l’histoire. Les photos permettent de retrouver des visages, des lieux, des gestes et parfois une émotion saisie sur le vif. Mais elles ne racontent pas tout ce qui se passait derrière l’image : ce que l’on pensait, ce que l’on attendait, ce que l’on craignait ou ce que cette journée était en train de transformer.
Le récit constitue une autre forme de trace : celle de la manière dont la naissance a été vécue.
Il peut rester un objet strictement personnel ou devenir une transmission. Une mère m’a ainsi confié, le récit de la naissance de chacune de ses filles, alors âgées de 25 et 28 ans, pour leur offrir à l’occasion de leurs anniversaires. En racontant, elle a retrouvé des moments dont elle ne leur avait encore jamais parlé. Ces récits lui ont aussi permis de célébrer son bonheur d’être leur mère et les femmes qu’elles étaient devenues.
Dans une autre famille, le souhait était de créer une version du récit adaptée à un enfant de 5 ans, afin de pouvoir lui raconter sa naissance et l’amour de ses parents. Un autre écrit, destiné à la famille, permettait de conserver des éléments plus complexes de leur histoire qui n’avaient pas leur place dans le récit adressé à l’enfant à cet âge.
Ce que vous choisirez ensuite de faire de votre récit vous appartient entièrement : le garder pour vous, le relire, le partager avec un proche ou le transmettre un jour.
De mon côté, la parole recueillie n’a qu’une seule destination : vous être restituée. Elle n’est pas recueillie pour être publiée, diffusée ou utilisée pour raconter votre histoire à d’autres.

les questions que l’on peut se poser avant de faire un récit de naissance
« Je voudrais écrire moi-même mon récit de naissance. »
C’est une autre démarche, et les deux peuvent être complémentaires.
Lorsque l’on écrit soi-même, on doit à la fois se souvenir et construire : chercher ses mots, sélectionner les événements, organiser la chronologie et décider de la forme du texte. Pendant l’entretien du récit de naissance, vous pouvez au contraire vous consacrer uniquement à ce qui revient en mémoire et à ce que vous avez envie de raconter.
C’est parfois ce temps de parole qui permet ensuite de voir son histoire autrement ou de retrouver des éléments auxquels on n’aurait pas pensé seul·e devant une page blanche. Rien n’empêche donc d’écrire également son propre texte avant ou après cette expérience.
« Je ne me souviens pas de tout. »
Vous n’avez pas besoin de vous souvenir de tout. Le récit de naissance n’est pas un procès-verbal de l’accouchement et les blancs ne sont pas des erreurs à corriger.
Certains moments peuvent être extrêmement précis alors que d’autres restent flous. Des souvenirs peuvent aussi revenir pendant l’entretien, simplement parce qu’un détail en fait surgir un autre. Je ne cherche pas à remplir ce qui manque : ce dont vous vous souvenez et la manière dont vous vous en souvenez constituent la matière de votre récit.
« Mon accouchement s’est très bien passé. Est-ce vraiment utile ? »
Oui, car le récit de naissance n’est pas réservé aux expériences difficiles. Il peut servir à conserver un moment heureux, à célébrer un passage, à garder la mémoire de ce que l’on a ressenti ou à transmettre un jour cette histoire.
Il n’est pas nécessaire d’avoir quelque chose à réparer pour avoir quelque chose à raconter.
« Cela fait plusieurs années que mon enfant est né. Est-ce trop tard ? »
Il n’y a pas de limite de temps.
J’ai notamment recueilli les récits d’une mère 25 et 28 ans après la naissance de ses filles. Lorsque beaucoup d’années se sont écoulées, je veille simplement davantage à distinguer les souvenirs de la naissance de ce que la personne sait aujourd’hui de l’enfant devenu plus grand ou adulte.
L’objectif n’est toujours pas de retrouver une mémoire parfaite, mais de préserver autant que possible ce qui appartient à l’expérience vécue à ce moment-là.
« Est-ce qu’on peut organiser un récit d’une autre période ? »
Absolument. Les récits peuvent raconter une autre période de vie marquante. Ces récits sont destinés à ancrer des moments “brefs et intenses” comme un mariage aussi, un deuil.
Ils ne racontent pas l’histoire d’une vie, pour cela je peux vous orienter vers des biographes professionnel.le.s.
Pour tout projet, ne pas hésiter à me contacter pour en parler.
« Comment organiser mon récit de naissance ? »
Vous trouverez toutes les informations pratiques sur la page dédiée à mon accompagnement Récit de naissance.
Et si vous avez encore des questions, n’hésitez pas à me contacter. Avant chaque récit, je prends le temps d’un échange téléphonique pour faire connaissance, répondre à vos questions et m’assurer que vous vous sentez en confiance avec cette proposition et la manière dont je travaille.
